mercredi 2 avril 2014

Buen Provecho!!

2 articles en une semaine... Il va neiger à Séville si je continue comme ça (ce qui serait une première depuis le Paléolithique moyen). Mais depuis que j'ai écrit que j'allais faire un article sur la cuisine locale, ça me fait frétiller les papilles. Du coup, j'ai réuni mon comité de rédaction composé de moi-même pour me lancer dans ce chantier de grande envergure. Car, on ne plaisante pas avec la cuisine. Surtout quand on est française. Et surtout en Espagne. Donc, une française en Espagne, je ne vous raconte pas l'importance que prend le sujet.  Alors, petit test : si je vous dis "spécialité locale", je suis sure, que dans la seconde, vous me sortez le trio incontournable : paëlla-tortilla-sangria. 

Alors, oui, bien sur, vous avez raison. Ce sont les classiques. Sauf que c'est comme arriver à Marseille et demander une bonne tranche de pain aux rillettes "parce que c'est local". Vous en trouverez. Mais ils se foutront bien de vous. Mon petit trio PTS, il est espagnol, mais pas de toute l'Espagne, et surtout pas de Séville. Mais c'est pas grave, va, je vous raconte quand même.

La tortilla de patatas

 


Alors, attention, très attention, mucho attention, s'il vous plait !! En Espagne, on peut se contenter de dire "tortilla", mais dans le langage commun, on précise "de patatas" parce qu'en vrai, une tortilla, c'est les galettes de maïs qu'on utilise quand on veut se faire un plateau-télé mexicain (et accessoirement, base de l'alimentation quotidienne de mon coloc). Rien à voir. Alors, la tortilla de patatas, c'est donc l'équivalent d'une omelette, sauf que comme son nom l'indique, on la bourre de pommes de terre, et on n'hésite pas non plus à mettre la dose d'oignons. Parfois, on ajoute du jambon. Elle est bien plus épaisse, du coup, qu'une simple omelette. En générale, elle ruisselle de gras (MIAM MIAM), on la coupe en petites parts individuelles, et là, il se peut que les choses prennent un tournant inattendu puisque ces gens là adorent bourrer leur part dans une tranche de pain -évidemment, mauvaise-, pour se faire un sandwich à la tortilla. Ce concept m'échappe un peu. A noter qu'on peut très bien faire une tortilla sans patates, dans ce cas, on ne l'appelle évidemment pas "tortilla de patatas" mais... "tortilla francesa". Ben oui.

La Paëlla






Exemple typique du plat qu'on croit que c'est méga espagnol, et qu'on va pouvoir en profiter de Saint-Jacques de Compostelle à Grenade en passant par Tolède. Non. Enfin si, maintenant, dans les restaurants touristiques, ça s'appelle la mondialisation. Mais la paëlla, ça vient de Valence, et basta (Valence en Espagne, hein, je ne doute pas du potentiel culinaire de la Drome, mais bon...). Elle se compose de riz jaune, dont la couleur est obtenue grâce à l'utilisation d'un colorant de safran. Ensuite, on y ajoute toutes sortes de truc : de la viande, des légumes et quelques fruits de mer. On presse un citron sur le tout, et c'est prêêêêttt !!! (J'imagine que c'est en fait un peu plus compliqué que ça, mais je n'ai jamais tenté).

La Sangria





Incitation à la débauche. Bon, c'est tout bête, vous versez des litres de vin rouge, vous balancez des fruits, des agrumes, surtout, mais un peu de tout ce que vous avez sous la main, vous attendez un peu, mais pas trop longtemps, vous rajoutez encore un peu d'alcool, vous mettez une paille et vous buvez jusqu'à plus soif. C'est tout bête, c'est tout bon, ça rend la vie belle.

Mais à part ça, en Andalousie, on mange plein d'autres choses aussi bonnes, voire meilleures. Le best, le number one, c'est...

Le salmorejo





Puf, j'en ai le ventre qui gargouille. Le salmorejo vient de Cordoue (ironie de l'histoire, c'est là bas que j'ai mangé le plus mauvais, mais c'était uniquement du à la grande abondance de sel, car la texture était juste parfaite). Il s'agit, en gros, pour vous simplifier l'histoire, d'un gazpacho épais, épaisseur obtenue par de la mie de pain. Il faut donc la mixer avec de la tomate, de l'huile d'olive, éventuellement du vinaigre, de l'ail, bref, faire un assaisonnement quoi.On y ajoute sur le dessus des petits morceaux de jambon serrano (on y revient), d'oeufs durs, et parfois des miettes de thon (ça, c'est pour le meilleur que j'ai mangé). C'est un peu quitte ou double, et croyez moi, je suis devenu experte ès salmorejo, je le teste dès que j'entre dans un nouveau restaurant. Tout dépend de la texture, il faut qu'il soit bien crémeux et velouté. L'assaisonnement peut être plus ou moins réussi. Quoi qu'il en soit, ça cale bien! Et c'est bon!

Le Jambon Serrano




Bon, bah c'est du jambon, quoi. Il se mange dans toute l'Espagne, mais il est principalement produit en Andalousie. A distinguer du jambon ibérique, qui provient du porc ibérique (ils se foulent pas sur les appellations...), le jambon serrano est produit à partir de porc blanc. C'est une institution ici. Impossible d'aller au supermarché sans se coltiner l'allée de jambons suspendus.  J'ai donc pris l'habitude d'acheter mon fromage en bloquant ma respiration (les deux rayons sont en face, et je suis désolée, mais l'odeur, c'est pas possible). Ca coute une fortune, en général, ça fait office de lot de tombola. 

Aceite de oliva et Aceitunas



On arrête de plaisanter, sujet sérieux : les olives, et l'huile qui en est issu. Vous savez tous ce que c'est, donc on passe rapidement (j'ai l'impression d'être prof, parfois...). Ca n'est pas un plat, ça n'est même plus une institution, c'est une RELIGION. Les olives sont très fréquemment servies gratos au resto avec l'apéro. Quant à l'huile, comment vous dire ? Il y en a partout, dans chaque plat, même quand vous ne le soupçonnez pas, l'huile d'olive est là. C'est un peu le concours à celui qui videra sa bouteille d'huile d'olive le plus rapidement possible...

Le Tinto de Verano





C'est mon autre dieu (je suis polythéiste, c'est pour ça). Techniquement, ça veut dire "vin d'été", mais chez moi, ça veut dire "vin de toute l'année" ou bien simplement "eau". Ca se boit comme tel, c'est un piège. J'ai découvert ça une semaine après mon arrivée environ (et c'est déjà bien tard), après justement avoir demandé un sangria à un serveur qui m'a ri au nez en me répondant "je t'amène un tinto de verano". OK. Car, dans les faits, on peut considérer ça comme une sorte de sangria pétillante, en vérité, il y a quelques différences. Le tinto se traduit par "vin rouge" (et donc, en toute logique, "vin rouge" se dit "tinto", arrêtez donc tous avec vos "vino rojo"). On remplit donc le verre à moitié de vin rouge, et on complète par une boisson pétillante type Fanta Citron, Limonade ou Fanta Orange, le tout, sur un gratte-ciel de glaçons. Une petite rondelle de citron et c'est parti. C'est tellement répandu qu'il en existe du tout prêt ici, mais rien ne vaut celui préparé devant vous. C'est une boisson miracle, celle qui m'a fait aimer le vin rouge, celle qui a fait aimer l'alcool à ceux qui ne l'aimaient pas. Et ça doit pas être bien sorcier à reproduire, essayez donc!


Vamos de tapas!


Tout ce dont j'ai parlé ici peuvent se manger sous la forme de tapas, en Espagne, tout est un tapas, il y a toujours une bonne raison de sortir manger des tapas, parce que c'est la vie tout simplement. Il y en a à foison, donc, je vais me contenter de réciter ceux que je connais, et que j'aime.
- Le Solomillo : c'est une pièce de viande, le filet je crois, qui se consomme avec toutes sortes d'assaisonnements : au salmorejo, au roquefort, aux amandes, au whisky et j'en passe.
- Les Berenjenas : ce sont les aubergines, qui sont en général cuisinées frites, arrosées de salmorejo (décidemment), ou de miel.
- Pimientos Aliñados : les poivrons marinés, rien d'original, mais tellement bons.
- Las Croquetas : ce sont des croquettes panées, à la préparation classique, que l'on garnit, le plus souvent, de champignons, de jambon, d'épinards ou de crevettes.
- Ensalada de Gambas : c'est une salade de crevettes, tout ce qu'il y a de plus banal, mais, quand je mange celle de la Casa Paco (ah, la Casa Paco de l'Alameda...), je meurs de bonheur, voilà.
- Las Papas : ce sont des pommes de terres, accompagnées soit de Sauce Brava (ça pique!!) soit de sauve Ali-Oli.
- El Queso de Oveja : il s'agit de fromage de brebis, c'est l'un des plus répandus, c'est très fort en gout, mais drôlement bon. De toute façon, face au manque de reblochon, je prends tout ce qu'on me donne.

Voilà, j'en ai sans doute oublié des dizaines, mais c'est juste impossible de faire une liste exhaustive. Maintenant, j'ai sacrément faim, c'est malin. Heureusement, il est 14h, c'est (pas tout à fait mais bientôt) l'heure de manger. Buen Provecho!! (et non pas "Buen Apetito", cette langue comporte quelques pièges).



samedi 29 mars 2014

J-100 (ou à peine plus, ou à peine moins)

Ceci est le compte à rebours avant mon retour en France. Pas le retour pour les vacances, celui qui te fait drôlement plaisir parce que tu vas voir tes proches et manger une vraie baguette (si vous saviez le bout de pain dégueulasse qu'on ma servi aujourd'hui...). Je parle du retour avec un grand R et 55 kilos de bagage à trainer. De celui qui veut dire que c'est fini de manger du salmorejo à tout-va (faudrait que je fasse un article "cuisine", tiens!), fini l'odeur de fleur d'oranger, fini l'air de guitare dans la rue, fini d'habiter à Séville. Alors, bien sur, on n'en est pas là, 100 jours, c'est long, on peut faire un sacret montón de choses géniales ! Mais, bon quand même... ce retour, tous, inévitablement, on commence à l'envisager. Et plus on y pense, plus on le redoute. On répète, inlassablement, "ça passe trop vite", mais c'est tellement vrai. J'ai l'impression d'être rentrée de mes vacances de Noël hier. Mais ça fait presque 3 mois, soit autant de temps qu'au premier semestre avant de rentrer en France. A l'époque, même si je n'ai jamais (et heureusement) réellement senti le mal du pays, ça m'avait tout de même semblé plus long. Je revois cette amie prendre, devant moi, ses billets pour venir me voir en avril, en me disant qu'elle n'était pas prête d'arriver. Elle arrive vendredi prochain. Dans ma tête, nous sommes encore fin janvier, début février, à la rigueur. D'où mon étonnement quand j'ai croisé un panneau dans la ville, m'affirmant qu'il faisait 32°. Déjà, on arrive à la moitié du second semestre. L'autre jour, pour la première fois, on s'est demandé quand est ce que l'on allait rentrer. On ne voulait pas y penser avant, mais pourtant, pour éviter les tarifs hallucinants, c'est qu'il ne va pas falloir tarder à l'acheter ce billet d'avion... A nouveau, il faudra cocher "aller simple", et cette fois, le sentiment majeur ne sera pas cette adrénaline stimulante. C'est pas tant qu'on veut pas retrouver ce (ceux) qu'on a laissé en France... c'est ce que ça implique, le problème. Parce que vivre à Séville, c'est incroyable. Et vous savez pourquoi ? Parce que

Séville est incroyable.


Je me souviens de mes premières impressions en arrivant ici. Le trajet à pied que j'ai fait dès le premier jour, je l'ai refait, depuis, dans ma tête, des dizaines de fois. Je regardais les rues, je tentais de les apprivoiser, de faire comme si, moi aussi, j'étais d'ici, en m'arrangeant pour que personne ne me voie regarder mon plan, le moins souvent possible. Ces rues dans lesquelles je passe si régulièrement maintenant, et évidemment, sans plan. Mieux, parfois, on me demande des renseignements, et je sais répondre aux gens :"Le bus pour Nervion ? Prenez le C2, ça ira plus vite". Cette ligne C à laquelle je ne comprenais rien... A l’arrêt de bus, justement, il y a quelques jours, un monsieur qui voulait un renseignement m'a d'abord demandé si j'étais d'ici. Avant, lorsque cela arrivait, je répondais un "plus ou moins" ou un "ça dépend" un peu énigmatique. J'ai pris le risque de répondre "oui". Oui, je suis d'ici. Oui, j'habite à Séville et oui, je peux vous renseigner. J'ai appris à aimer les rares choses qui m'énervaient ici. Le cui-cui des passages piétons : en fait, ça ne gêne que moi, et c'est fou ce que traverser la rue me paraitra terne en France. Les rues dont le nom n'est pas indiqué : on n'a qu'à y flâner, de toute façon, on se retrouvera, c'est pas grand. Les piétons qui squattent la piste cyclable : ah non, ça, je supporte toujours pas. Et l'accent andalou. Mon dieu! (pour être polie!). Cet accent. Je le détestais. Il remettait tout en cause, moi qui pensais me débrouiller en espagnol, j'avais bien du accepter le fait que je ne comprenais rien. Non seulement je m'y suis adaptée, mais en plus, il déteint sur moi. A Madrid, en 3jours, plusieurs fois on 'ma demandé où j'avais appris l'espagnol. Je ne dis pas "Gracias" mais "gracia", je ne dis pas "vamos" mais "vamo" et je ne suis pas en Erasmus, je suis en Eramu, à la "faculta" d'histoire, et surtout pas à la "facultad". J'adore cet accent. Et puis, j'adore Séville.

La devise de Séville, littéralement, est "No me ha dejado", qu'on traduit par "Elle ne m'a pas laissé", sous entendu, "elle ne m'a pas laissé tomber". Ca a un sens historique bien sur, mais bon, vous pensez quand même pas que je le connais suffisamment bien pour vous renseigner, c'est pas comme si j'étudiais l'histoire (en réalité, c'est lié à une conquête, mais je ne sais plus si ça concerne la conquête arabe ou catholique, donc nous voila bien avancés). Moi, je n'en retiens que le sens qui me parle. Séville ne m'a jamais laissée tomber, elle a tenu toutes ses promesses. L'autre soir, un espagnol nous a demandé à une amie anglaise et à moi, "mais vous aimez vraiment Séville à ce point ?", il avait l'air étonné. Ben. Oui. Et dans 2 minutes, et quelques photos, vous aurez compris pourquoi...













Et tant d'autres...
Bon, bref, cet hommage passé, je vais dormir. Comme tous les soirs, j'avais sagement calculé l'heure à laquelle je devais me coucher pour dormir 8h (un samedi soir, quoi...), sauf que je l'ai largement dépassé, et que je me suis rendue compte depuis qu'il y avait ce changement d'heure de motherf****. Demain, j'ai RDV avec la dernière merveille qui manque à mon palmarès : Cordoue. Bisous bisous.

OH, et by the way : quand je dis que ça sent la fleur d'oranger, c'est genre, vraiment, partout, même devant mon immeuble. Franchement, comme vous voulez me faire revenir en France avec ça ?


lundi 17 mars 2014

"Celui qui n'a pas vu Lisbonne n'a rien vu de beau". Proverbe portugais

Me revoilà !! Vous m'excuserez mais les jours filent à toute vitesse ; pour tout vous dire, le temps passe tellement rapidement que j'en ai gardé mes lentilles de contact mensuelles près de 6 semaines... Je consacre quelques unes de mes journées à aller en cours (et ouais!!!) et à tenter de rebosser mon mémoire un peu plus sérieusement, et le reste de mon temps à profiter du soleil (je sais qu'en France, vous n'êtes pas à plaindre et c'est pas maintenant que je vous rendrai jaloux, mais j'ai quand même pic-niqué pieds nus la semaine dernière !), à profiter tout court, et à voyager. Depuis la fin de mes examens, je suis retournée à Grenade en famille, cette fois pour visiter également le centre ville. J'ai beaucoup aimé, cette ville a clairement du charme, même si elle ne vaut pas Séville. Je suis allée à Cadiz (je sais qu'en français, on dit "Cadix", mais alors, autant je peux m'adapter pour les autres villes, autant, là, c'est trop moche...), également pour la deuxième fois, à l'occasion du Carnaval. Rien de spécial à raconter, on dira que le but de l'expédition n'était pas vraiment touristique. En tout cas, c'est le genre de fête à faire une fois dans sa vie, il faut voir ces rues pleines de déguisements et de perruques (ouais, même moi....). Le week-end suivant, je suis, enfin, allée à Madrid. J'en reparlerai plus tard étant donné que j'y retourne en mai (je fais tout en double moi!), autant faire un seul récap. Je dirais quand même que j'étais surexcitée à l'idée d'enfin découvrir cette ville, et surtout ses musées (l'Ecole du Louve m'a marquée au fer rouge...), mais que dans l'ensemble, je n'ai pas été spécialement emballée. C'est sympa, vivant, mais c'est une capitale, avec ses bouchons, ses métros, ses starbucks alignés (bon, ça c'est bien). Avant de choisir Séville, je voulais aller passer mon année à Madrid, et je ne regrette définitivement pas mon choix : on peut passer quelques jours très sympas à Madrid, mais on ne s'y installe pas pour respirer...

Et puis, ce week end (oui, celui qui vient juste de se finir, autant vous dire que je suis au taquet du blog), j'ai été à Lisbonne. Et ça, pour le coup, je ne vais pas m'en remettre tout de suite. Vous avez vu ce beau proverbe portugais ? Pendant des années, je vous aurais affirmé, très sure de moi, que l'on n'avait rien vu de beau tant que l'on n'avait pas vu Paris. J'ai appris à Séville que les choses étaient plus compliquées que ça. Et puis, Lisbonne. Capitale du Portugal, pays assez petit, parfois injustement confondu avec l'Espagne. Capitale la plus à l'ouest de l'Europe, située très près de l'Océan Atlantique et bordée par le Tage (qui se jette dans le dit-océan). Je suis partie avec ESN, l'association Erasmus par excellence -il en existe des tas, mais ESN est implantée dans toutes les villes universitaires de tous les pays bénéficiant d'Erasmus, et est officiellement reconnue par les facs-, pour plusieurs raisons :
- c'était pas cher : 100€ pour 3j, tout compris
- c'était déjà tout organisé
- c'était un moyen de découvrir une autre ville en découvrant d'autres gens, puisque l'on partait à 50.
Au final, un très bon compromis donc, avec des visites guidées la journée, la possibilité de sortir, comme de dormir (mais ça, c'est vraiment pour les moins drôles) le soir et une ambiance assurée, le tout sous un soleil de plomb (pas le soir, ça va de soi!).

Bon, on blablate depuis 2 paragraphes, mais concrètement, on dit quoi ?
- Point historique (autant le dire maintenant pour ne pas le répéter mille fois ensuite) : Lisbonne a été victime en 1755 d'un tremblement de terre qui a détruit une grande partie de la ville, qui a donc ensuite été reconstruite selon de nouvelles normes architecturales, et ça se voit!
- Point "c'est bien de le savoir avant" : Lisbonne est surnommée la ville aux 7 collines, et ça n'est pas pour rien. Ca monte, ça descend, ca remonte, et ça redescend. Je remercie mon éclair de génie à 10 minutes du départ qui m'a fait mettre des ballerines dans mon sac.
- Point "c'est évident mais rappelons-le quand même" : Lisbonne est au Portugal, et au Portugal, on parle portugais, ce qui ne nous a pas empêchés, à nous, jeunes apprentis espagnols, d'entrer dans une supérette d'aire d'autoroute à 50 en hurlant "Hola!! Gracias, Adios"... Donc, en portugais, on dit "Buom Dia" pour "Bonjour" et Obrigado" pour "Merci", sachez-le.
- Point géographie : Lisbonne est située à environ 450 km de Seville, pour y aller en bus, il faut donc environ mille ans 6h.

OUAH c'est beau ce que je fais !!

Le départ était donc donné vendredi matin, tôt, très très très tôt (à 8h!!), depuis Séville. On a été conduits jusqu'au Portugal par le chauffeur le plus sympa du monde, Enrique (#Lesaviezvous ? Enrique est la traduction d'Henri. En Espagne, le prince Harry (ça marche aussi) s'appelle donc El Principe Enrique, c'est tout de suite plus exotique. Par contre, Enrique Iglesias s'appelle donc Henri Iglesias, c'est tout de suite plus moche). Enrique nous a donc laissé mettre une ambiance mémorable dans le bus ! L'entrée dans Lisbonne se fait par le Pont du 25 avril, connu pour permettre le passage des voitures comme des trains (pas au même niveau, ils sont pas idiots) et dominé par l'immense statue du Christ Roi (réplique quasi exacte de sa grande soeur de Rio de Janeiro -le Brésil étant une ancienne colonie portugaise, rappelons les bases quand même-). Mais on s'est pas arrêté là, puisque nous avons d'abord visité Sintra, située à une vingtaine de kilomètres de Lisbonne. Après une petite balade dans la ville, on est montés au Palais de la Regaleira (il y en a énormément à Sintra mais fallait faire un choix...), surtout impressionnant par son immense jardin où se cachent des grottes bien sombres et humides (COUCOU les ballerines ahahah....). 

Vue de Sintra

Le palais de la Regaleira

Ca mouille mais c'est joli






Ensuite, on a repris la discomobile le bus pour aller admirer le coucher de soleil (l'Erasmus est un grand romantique) à Cabo da Roca, alias l'endroit le plus beau du monde. Enrique nous a fait quelques frayeurs en prenant les virages comme un fou d'espagnol qu'il est, mais on est arrivé sains et saufs! Cabo da Roca a pour particularité d'être le point le plus à l'ouest de toute l'Europe. Autrement dit, si un américain regardait par sa fenêtre à ce moment-là, il pouvait me voir, et ça lui donnait immédiatement l'envie de se lancer dans une traversée de l'Atlantique à la nage. On a donc passé 2.12 minutes à dire "ouah c'est beau..." (ou plutôt "Miraaaaaa!! Que chulo!!!!") et 28 minutes à se prendre en photo. 



Finalement, on a rejoint Lisbonne et notre auberge de jeunesse, qui était juste géniale! On avait une immense terrasse nous offrant une très belle vue, et des Mac a disposition (ça n'a rien à voir, mais c'est le même niveau de cool). Le soir, on est ressortis dans Lisbonne, où la vie nocturne n'a rien à envier à celle de l'Espagne.

Samedi, on a marché. Beaucoup. Comme je le disais, Lisbonne est presque entièrement en pentes, un système de petits tramways est mis en place, mais nous, on est des jeunes robustes, on a pas besoin de ça... On s'est donc promenés dans le centre ville, jusqu'à la Place du Commerce (c'est un peu le spot touristique), puis nous sommes montés (lentement, en s'arrêtant pour prendre des photos à tous les coins de rue tellement c'est joli), en passant par le Panthéon national, jusqu'au Castelo Sao Jorge, chateau surplombant la ville. Là, on a mangé une glace (c'est pas sympa de dire que vous vous en foutez). Puis nous sommes redescendus en s'arrêtant à la Cathédrale, située dans le quartier de l'Alfama, l'un des quartiers les plus anciens de Lisbonne, étant l'un des seuls ayant survécu au fameux tremblement de terre. Le soir, on a eu droit à un repas typique dans un restaurant (compris dans les 100€ !!), avec bière et sangria (et eau!) à volonté (compris aussi !!). Ensuite, indigne d'Erasmus, je n'ai été bonne qu'a rentrer dormir, comme de nombreux autres, aussi faibles que moi !



La place du Commerce très mal prise en photo

Le panthéon

La Cathédrale



Vue depuis le Castelo avec la Place du Commerce bordée par le Tage



Vue depuis l'auberge


Enfin, dimanche, on a retrouvé notre ami Enrique qui nous a emmené jusqu'au quartier de Belem (c'est à Lisbonne mais un peu excentré) pour y visiter le Monastère de los Jeronimos (XVIIe siècle), ainsi que le Monumento a los descubrimientos et la Torre de Belem, tous deux surplombant la mer, enfin l'océan, euh non, le Tage. Il s'agit de l'une des positions les plus stratégiques de l'Europe, c'est ainsi de là que partaient les plus grands navigateurs.




Le capitaine qui regarde le pont du 25 avril et la statue du Christ


 Voilà. Après on est rentrés à Séville. Lisbonne a clairement été mon coup de coeur de l'année (c'est pas fini, mais il faudra faire fort pour la détrôner). A aucun moment, je n'ai eu l'impression d'etre dans une capitale, au contraire, on s'y sent immédiatement comme en vacances. Et je vous ferais dire que c'est pas très loin de la France, alors dépêchez-vous de venir voir ça ! Je resterais bien là à vous raconter ma vie, mais j'ai passé presque 2h à vous préparer tout ça, et maintenant, il faut que j'aille couper ma frange, faire mes exos d'espagnol, et mettre une lessive.Je reviendrai prochainement vous faire saliver avec des photos de Cordoue (on y va dans une dizaine de jours) et Majorque (ET OUAIS !!!!! du 10 au 15 avril).

jeudi 13 février 2014

"Ahora, silencio por favor!! Pues, la pregunta es.."

Oui, je fais même mes titres en espagnol, c'est fou-fou. Je traduirai plus bas, c'est bon, stressez pas ! Donc, comme ça a pas l'air évident là comme ça, je sors de ma tanière pour vous parler des examens. Faut raconter ce genre de choses, il faut pas passer sous silence, y'a des trucs à dénoncer franchement dans l'organisation des examens en Espagne !! Puis, y'a aussi des trucs dont les facs françaises feraient bien de s'inspirer. Bref, quoi qu'il en soit, c'est fini, j'ai survécu. Samedi, à 14h, j'étais... en vacances !


On s'emballe pas s'il vous plait.... Lundi, à 9h, j'étais à la fac, parée pour la rentrée. Vacances de fou !

Je pense pouvoir dire que j'ai vécu les 3 pires semaines de mon Erasmus, comme tous les autres Erasmus de Séville (ou même de l'Europe j'imagine), à part ceux qui ont eu la chance de n'avoir que deux semaines d'examens (mais moi, je n'ai pas de chance. Jamais.). Pour tout dire, on avait pas été préparé à ça. On savait plein de choses sur Erasmus, on était préparé à tout, sauf à ça. Les mieux organisés ont commencé à paniquer en rentrant des vacances de Noël, les autres, à la veille de leur premier examen. Je vous jure qu'au moins une personne m'a dit à un moment donné les phrases suivantes :
- J'y vais sans lire mon cours. De toute façon, je l'ai pas, le cours.
- Mon premier exam ? J'sais pas quand c'est
- Je viens d'apprendre que je commençais demain, putain!!! Demain!!! Bah non j'avais pas regardé avant, pourquoi faire ?
- Je suis dans une merde, mais dans une merde (ça, c'est moi !)
- Rassure moi, nos notes, elles se compensent ???
- J'ai demandé au prof si on pouvait choisir quoi réviser, mais il a pas voulu

Et puis, il a fallu y aller. Je commençais avec mon examen d'Arte del siglo XIX (ça va, pas besoin de traduction j'imagine). Le premier examen de toute ma vie en Espagne, dans une langue étrangère. On était convoqué à l'aube (9h !!!!). Et déjà, j'ai senti que ça allait pas le faire.


A première vue, c'est comme en France, les tables sont dégueulasses, il y a un tableau, et les gens ramènent leur petit jus de fruit. Vous excuserez l'affreuse retouche de flou, mais j'ai pas que ça à faire moi.

  On s'est fait un petit coin Erasmus avec les autres, sans même se concerter. Et le prof a distribué des feuilles blanches de brouillon, normal, jusque là. Jusqu'au moment où il a dit "donc en haut à gauche votre nom, en dessous votre numéro d'étudiant". Pourquoi ? Sur le brouillon ? C'est ridicule, enfin ?? Ah !! C'est la copie ?? Donc voilà, en Espagne, les copies officielles d'examen sont des feuilles blanches A4. Restriction budgétaire, peut-être ; si ça se trouve, les lignes ça coute trop cher. Et attention, on est prié d'écrire droit en plus... Je peux pas tout faire, moi. Et là, coup de massue ultime. Alors que j'attendais la distribution des sujets, le prof nous a donc sorti ""Y Ahora, silencio por favor!!! Pues, la pregunta es..." ce qui signifie "Maintenant, silence svp ! Donc, la question, c'est ...". Voilà. T'as intérêt à avoir atteint un niveau d'espagnol correct. Sinon, tu comprends pas la question, c'est terminé, basta (aparté : vous saviez, vous, que "basta", c'était un mot espagnol ??? "bastar", ça veut dire "suffire. On en apprend tous les jours). J'avais choisi l'art du XIXe siècle parce que je l'avais déjà étudié en long, en large, et en travers en France. Donc c'était censé être facile. Sauf qu'on est tombé sur la seule chose que je n'avais pas étudié. Dommage. Bref, armée de mon dictionnaire et de mes quelques connaissances, j'ai finalement pu rendre 4 pages, oui madame, en espagnol, oui madame.

Ensuite, j'avais examen d'espagnol justement. Douce plaisanterie, la rédaction, il fallait rédiger 150 mots. Je venais d'en pondre des milliers, j'ai eu du mal à me restreindre. Mais ils sont forts, les profs, quand même, ils arrivent à faire des sujets à cause desquels tu crois que t'as raté alors qu'en fait, chez toi, tu aurais parfaitement réussi (c'est valable en France aussi!). Mon 3e examen portait sur la Historia de la España actual (c'est pareil, ça se comprend!). Ahahahhhhhahhh. Aaaaahhhhhhah. Voilà, c'était mon commentaire à la sortie. Dans ce cours, il y autant de français que d'espagnols, c'est rigolo, mais la prof, ça l'embêtait un peu donc elle nous a tous séparés. "Je préfère si vous n'êtes pas à côté, en plus avec vos dictionnaires là.." Oui, comme si on avait mis les réponses dans le dictionnaire... (cela dit, c'est une idée! D'ailleurs, je me permets de remarquer que ça triche drôlement en Espagne!). Et puis, là dessus, elle nous a gratifié de ce magnifique "Je sais, l'examen est censé durer 3h, mais en fait, c'est faisable en 2, donc vous aurez 2h, bon courage". Ils ont trop pris le soleil ces gens là, c'est pas possible, ils vont pas bien....J'ai rendue ma feuille A4 blanche (noircie de ma réponse quand même, je vous rassure!), et je suis sortie le coeur léger, sachant que mon prochain examen écrit n'était que dans 10jours, et que je pouvais m'accorder une pause d'une journée qui a finalement duré 6 jours. Hum hum. 

Entre temps, j'ai appris que j'avais eu la moyenne à mon examen d'espagnol et donc qu'il fallait que j'aille passer un oral. Toute l'union européenne (et le Japon, il y a pas mal de japonais) était donc réunie à l'Instituto de Idiomas (le bâtiment des langues, quoi), et nous passions devant une prof d'espagnol 2 par 2. J'étais avec un italien. On est toujours, partout, avec des italiens de toute façon, il y a plus d'italiens que d'espagnols à Séville je crois...Mon examinatrice m'a fait parler de la cuisine française.


Coup de bol, j'avais fait une quiche lorraine la veille au soir, elle m'a donc demandé de lui raconter (au passé, pour vérifier que j'avais bien appris mes verbes irréguliers, malin!) comment j'avais fait. Mélanger des œufs et de la crème fraiche, mettre ça sur des lardons et enfourner, ça nous occupe pas 10 minutes d'exam, mais elle avait l'air satisfaite!

Et puis, enfin, samedi dernier, je passais mon dernier examen. Le pire. Historiografia. Même en français, c'est le genre de cours incompréhensible. J'ai passé une semaine enfermée dans ma chambre à tenter de comprendre l'historiographie positiviste, le matérialisme didactique et historique et la philosophie rankéanienne (je parle français là, hein !). C'était drôle encore une fois, les profs nous ont fait rentrer dans la salle, nous ont distribué les feuilles blanches, et sont partis. 20 minutes. Vus les sujets, j'aurais préféré qu'ils ne reviennent jamais nous les distribuer. Bref, donc j'ai blablaté 2h sur l'historiographie allemande au XIXe siècle, et sur l'idée de Nation dans l'historiographie contemporaine. Au milieu de l'examen, le prof est venu me voir (j"étais la seule Erasmus pour le coup), et m'a demandé : "Mais.... tu le fais en espagnol ??" Hé quoi, t'as mieux à me proposer, toi ?? Il m'a regardé avec un mélange d'admiration et de défi, un peu pour me dire "tu l'auras voulu...". J'ai peur. Et après, c'était fini. J'aurais adoré fêter ça, mais il pleuvait averse. Je suis rentrée, j'ai dormi, fin de l'histoire.

Ensuite, déjà, sont tombés les premiers résultats ! Ils sont géniaux ici !!!
- Délai d'un résultat à Nanterre : 3 mois (véridique! Parce que "le temps de calculer les moyennes"...)
- Délai d'un résultat à Séville : 10 jours.
Ce qu'il se passe en fait, c'est que la notion de moyenne, en Espagne, n'existe pas. Les matières sont indépendantes les unes des autres, et il faut toutes les valider, même s'il est possible de passer 4 ans sur la même matière tout en continuant à avancer dans ses études en même temps. Chaque prof corrige donc son tas de copies, qui peut être plus ou moins gros, et proclame ensuite les résultats de sa matière en se foutant totalement des autres cours. Nous autres Erasmus continuons à dépendre du système de notre fac d'origine, et donc, les français pouvons bénéficier des compensations puisqu'elles s'appliquent en France, en général. Pour connaitre sa note, il faut donc aller sur le panneau d'affichage correspondant au département de la matière concernée (vous suivez ?). Département qu'il faut donc trouver au milieu des nombreux patios et fontaines de ma fac. Là, effectivement, sur des tableaux, entre 2 noms espagnols, vous pouvez voir votre nom si étranger, et à côté votre note. A savoir avant d'hurler, tout est noté sur 10 ici!
Donc...
Suspense...
En Arte del Siglo XIX, j'ai eu 6/10 (contente !)
En Historia de España Actual, j'ai eu 6,5/10 (vraiment contente !)
Et en espagnol, j'ai eu 8,3/10 (trop fière !). En même temps, une espagnole m'a dit qu'elle n'avait jamais vu une étrangère parler espagnol comme moi (je ne la crois pas, mais bon, je prends quand même !) et un autre espagnol m'a dit que je parlais "de puta madre" (ça veut dire, ce que ça veut dire, là, en l’occurrence, c'était un compliment).
J'attends encore ma dernière note, mais puisque je sais que toutes se compenseront, je peux déjà considérer que j'ai validé mon semestre, ce qui n'était pas gagné il y a quelques semaines ! *danse de la joie*. La question a été de savoir si les profs étaient plus tolérants avec les Erasmus, mais je ne crois pas. Déjà, parce qu'on m'avait prévenu avant que ça n'était pas le cas, en Espagne en tout cas. Ensuite parce qu'ils ne se gênent pas pour balancer des 1/10, même aux étrangers. De toute façon, on s'en fout, le semestre 1 est mort, vive le semestre 2, qui s'annonce, au vu de la première semaine de cours, bien plus passionnant !

What else ?

- Ca fait une semaine qu'il pleut, tout le temps, tout le temps. Insupportable, horripilant !
- Je vais recommencer à avoir pas mal de visite !! Une copine arrive demain pour le WE, et ma famille est là la semaine prochaine ! Guide touristique, le retour !
- Ce semestre, je suis en WE le jeudi à 15h, c'est sympathique.
- J'ai une collection de billets d'avion dans ma boite mail impressionnante : je vais à Madrid dans 3 semaines, je fais un aller/retour en Savoie fin avril. On est en train de se demander avec des amis où on pourrait partir pendant la Semana Santa puisqu'on a une semaine de vacances et nullement l'intention d'assister à des dizaines de processions religieuses. On hésite encore entre Majorque, Lisbonne et les Iles Canaries. Pas simple le quotidien ici.
- J'ai très faim là, je vous laisse. I'll be back. Je sais pas quand, mais un jour.


dimanche 26 janvier 2014

"Ils ont des noms bizarres tes amis"

Nous entrons dans une période charnière de l'année Erasmus. Et je ne parle pas des examens, qui ont commencé pour moi mercredi et qui ne s'annoncent pour l'instant pas très brillants, mais on en parlera plus tard de tout ça, quand j'aurai terminé, que j'aurai les résultats et du recul sur la chose (mais quand même, je vous jure qu'on en parlera parce que j'ai 2-3 trucs assez drôles quand même sur l'organisation des examens ici...). Non, cette fameuse période dont je veux parler, c'est le changement de semestre et les inévitables départs qui l'accompagnent. De nombreux étudiants ne sont là que pour un semestre et doivent donc effectuer leur rentrée en février dans leur pays. Autrement dit, ils s'en vont. Les uns restent, les autres partent... Et c'est moyennement rigolo. Hier soir, j'ai été à ma première soirée d'au-revoir (parce qu'on est tous fous d'espoirs, et sans doute un peu naïfs, on préfère ne pas parler de "soirée d'adieu"). Une très bonne amie à moi quitte Séville demain matin. Pour profiter de sa présence au maximum, je l'ai vue presque tous les jours cette semaine, ce qui nous a fait parler et réfléchir sur le sens de l'amitié Erasmus, car il s'agit bien de quelque chose de très particulier. C'est comme une relation très forte, mais à durée déterminée. Mais pour bien comprendre ça, reprenons au début...

Septembre. Te voilà tout seul dans une ville dans laquelle, en général, tu n'avais jamais mis les pieds avant. Tu as choisi ta destination parce que ça sonnait bien, que ça avait l'air sympa, que tu te sentais attiré par cet endroit. Donc voilà, tu as fini par y arriver, sauf que maintenant que tu es au milieu de tes valises, tu te sens bien bête. Tu t'empresses de donner ton nouveau numéro de téléphone aux gens restés en France, c'est-à-dire, pour le moment, aux gens point final. Tu enchaines les skype. Ca va durer, au pire, une petite journée. Et puis après, il y a les autres. Les trois questions que tu répètes inlassablement : "Tu t'appelles comment ? Tu viens d'où ? Tu étudies quoi ?". Tu observes un peu tout le monde, en tâchant d'imaginer... Qui reverras-tu demain ? Avec qui fêteras tu ton anniversaire dans quelques mois ? Qui t'accompagnera à l'aéroport le dernier jour ? Parfois tu te plantes complètement, comme dans la "vraie" vie. Je me rappelle avoir pensé de ma coloc, bien avant qu'elle ne le devienne, qu'elle avait l'air très froide, pas du tout le genre de fille avec qui je pourrais m'entendre. Sauf que depuis, on a parlé, on a emménagé ensemble. Je lui ai appris à faire la quiche lorraine, elle m'a appris a mettre du yaourt nature dans tous mes plats. Je lui ai parlé de la France, elle m'a parlé de la Turquie. Elle a traversé tout Séville pour me dépanner un jour où j'avais lamentablement, et totalement, déchiré mon collant. Je lui ai sauvé la mise lors de certaines soirées, elle en a fait de même pour moi. Elle m'a écouté parler des heures de choses futiles. Elle m'a amené des thés dans ma chambre quand j'étais malade, des verres de Bailey's quand j'étais triste. 

Il y a les autres aussi, ceux que tu croises à la fac, en soirée, dans des restos, les amis d'amis, les amis d'amis d'amis, les amis de coloc, les colocs d'amis de coloc...Ceux avec qui tu prends des petites habitudes, avec qui tu te construis une routine : aller manger à tel endroit tous les lundis, prendre ton petit déj dans tel café, aller à la bibliothèque tous les mercredis après-midi (et bien plus souvent parfois...). Il y a cette amie italienne, avec qui j'allais en cours d'espagnol en vélo, avec qui j'arrivais de plus en plus en retard, côte à côte jusque dans la salle d'exam. Elle s'en va dans trois semaines. Il y a cette amie anglaise, rencontrée en cours d'histoire de l'art, qui s'excitait dès que je lui disais que j'adorais Londres. Elle est partie avant-hier. Il y a cette amie française avec qui je fais, régulièrement, des "petites pauses dans le travail" qui durent 3h ; en général, ça se finit toujours à manger un yaourt glacé. Il y a cette amie polonaise qui bat tout le monde à plates coutures en soirée, qui a l'air d'être dans un autre monde, ce genre de fille que tu voudrais détester, sauf dès que tu as besoin d'elle, elle est là. Il y a ces gens que tu as rencontré au tout début et qui sont toujours là, il y a ceux que tu ne vois plus, il y a ceux que tu connais depuis une semaine et que tu as l'impression d'avoir toujours connu. Il y a tout ce monde là, les italiens, les allemands, les français, les anglais, les polonais, les grecs, et puis, les espagnols. Peu à peu, j'ai cessé de fréquenter les français, bien sur, j'en vois toujours, et ça fait parfois du bien de pouvoir se retrouver à ne parler que français, sans avoir à te demander si tu as bien conjugué ton verbe irrégulier. Mais il se trouve que je me suis rapprochée des autres, des étrangers, j'aime en apprendre sur leurs pays, j'aime découvrir ce qu'ils savent de la France, et du français. J'adore qu'on me demande "mais pourquoi vos présidents ont d'aussi belles femmes alors qu'ils sont très moches ?".  Un français ne me poserait pas cette question. J'adore qu'on me dise "regarde, je sais dire un truc en français" ; en général, ça se finit mal. J'aime qu'on compare nos cartes d'identités et nos permis de conduire (d'ailleurs, vraie question : la taille de ces deux documents en France... POURQUOI ?). Et puis, j'adore les prénoms de mes amis. Mon facebook est maintenant d'un exotisme fascinant. Et, surtout, j'adore les entendre prononcer "Marie". 

Maintenant, quand on me parle d'un pays, je peux lui associer des voix et des visages. C'est quand même drôlement plus intéressant que les cours de géo au collège.

Ici, on se reconstruit un nouveau monde, un monde Erasmus. On connait les règles du jeu : on se soutient pendant 3/6/9 mois. On apporte aux autres la présence dont ils ont besoin. On apprend à se connaitre, on se rapproche, on s'engueule, on se réconcilie, on boit des bières, on laisse sa signature sur un drapeau, et on se dit au-revoir en se promettant qu'on se reverra. On sait très bien qu'on ne reverra qu'une infime partie de ces gens. C'est pas grave, on a tout ce (ceux) dont on a besoin à la maison. On sautera dans les bras de ceux qu'on retrouvera dans quelques mois, quelques années, et on pensera à ceux qu'on ne reverra pas, en se disant qu'on a désormais tous un truc en commun, un truc que, pour le coup, les autres n'ont pas : nous, on sait.

Et puis, bon de tout façon...

Il y a ceux qui repartent... mais il y a aussi tous ceux qui arrivent pour le prochain semestre !

lundi 13 janvier 2014

Back in the game (car je parle aussi anglais)

Voilà voilà, nous y voilà. 2014. Feliz año a todos, que sea buena!!! (J'ai pas perdu mon temps en 4 mois, comme vous le voyez, j'ai largement mis à profit mes cours d'espagnol). Bref. Etant en échange pour l'année 2013-2014, ça veut donc dire qu'on est passé de l'autre côté du tiret. Autrement dit, on passe à la deuxième partie de l'année universitaire. Déjà. On arrive à la moitié de ce truc incroyable. Heureusement, je me dis que j'ai fait énormément de choses lors du premier semestre, et l'idée de savoir qu'autant m'attendent maintenant, je trouve ça drôlement chouette. Beaucoup d'erasmus ne viennent en fait que pour un semestre, c'est ce qui a failli m'arriver (et ce que j'ai évité grâce à un savant tour de passe-passe en m'inscrivant, du type "mais si, je vous assure, mon coordinateur a écrit "un semestre" mais en réalité, il a dit qu'il était d'accord pour l'année entière". Je pensais franchement pas que ça marcherait.). Et bien, je suis drôlement contente de pas avoir à déjà replier bagage.

D'abord, parce que j'ai encore pas mal de choses à apprendre en espagnol. Je m'en sors à peu près en grammaire, je n'ai plus besoin qu'on m'explique en long, en large, et en travers le prétérit (vous avez remarqué que y'a qu'en français qu'on désigne pas le passé par le terme "prétérit" ?! C'est comme les panneaux routiers ça, on peut pas faire comme tout le monde, nous, non, surtout pas...). Je ne passe plus 10 minutes à déchiffrer chaque page de mes bouquins, que je lis désormais sans me rendre compte, en général, qu'il s'agit de livres en espagnol. Je me surprends à penser en espagnol. Et puis, je commence à faire des fautes de français grosses comme moi (en utilisant ma silhouette post-3 repas de Noël, vous dire !), parce que je confonds les structures françaises et espagnoles, les orthographes françaises et espagnoles. Bref, je sais plus comment ça se parle la France. Mais voilà, je ne parle pas non plus l'espagnol aussi bien que j'ai l'intention de le parler dans 5 mois. Et vous savez à quoi je le vois ? Parce que quand je regarde des émissions supposées drôles à la télé... JE NE RIS PAS ! Et c'est pas parce qu'en fait, ça n'est pas drole parce que mes colocs espagnols, eux, ils se fendent la poire (jamais compris le rapport entre la signification littérale de cette expression, et l'utilisation que l'on en fait, mais passons). Non, mais c'est uniquement parce que je ne comprends pas. Alors en général, je les regarde avec une tête à la limite du pathos, implorant à l'aide. Cette tête là, vous voyez :

La même que celle qu'on a faite à l'aéroport quand la coloc d'une des françaises qui avait pris l'avion avec moi est venue la chercher et s'est mise à raconter ses deux semaines de vacances dans un espagnol parfait (elle a aucun mérite cette fille, elle est espagnole). On s'est regardées en se demandant ce qu'était ce pays dans lequel on ne parle pas français.
Bon, bref, il faut que je reste encore un peu. Je ne partirai pas tant que je ne serai pas morte de rire devant El Hormiguero.

J'ai pas mal de trucs de prévus aussi. Tellement que j'ai du me faire un planning pour ne rien oublier, alors que le but d'une année Erasmus, c'est quand même d'acheter un agenda et de ne pas t'en servir, de ne surtout rien prévoir au-delà des 3 prochaines heures. Il faut aussi que je m'organise pour caser tous les gens qui se battent pour venir me voir (j'exagère presque pas en plus) ! J'ai donc d'ores et déjà de la visite prévue en février, en mars, en avril et en mai (donc ça tombe assez bien). En comptant ceux qui ont pas prévu de venir mais qui viendront, en enlevant ce qui ont dit qu'ils viendraient et qui annulent, +2, je retiens, 1, je soustrais 3, j'ajoute encore 4. Bref, je vais passer mon semestre à l'aéroport. C'est cool, j'adore les aéroports, je m'installe dans la zone arrivée, et je regarde les gens se retrouver, c'est franchement l'un des spectacles que je préfère au monde (et au moins, ce genre de spectacle ne donne lieu à aucune polémique). Donc, des gens vont venir me voir, vont se promener dans Séville, prendre en photo des orangers et boire des bières données en disant "tas vu ?? C'est donné !". 

Et puis, moi, je vais partir en goguette. Pour ce qui est sur : le 1er mars, on file au Carnaval de Cádiz. Y'a du niveau là !





Donc, faut que je trouve une idée de déguisement. On est pas rendu. Le week-end précédent, je retourne à Granada, en famille, mais pour visiter la ville cette fois-ci, que je n'ai pas vue la dernière fois, consacrant tout mon temps à la Alhambra. Le week-end suivant Cádiz, je pars à la capitale : Madrid, pour les incultes, du coup je reprends l'avion (sinon, ça me fait passer 2 mois sans monter dans un avion, c'est longuet), et puis je vais ruiner mes pieds en visitant le Prado, et ruiner mon compte en banque en dévalisant Primark (encore un truc que le monde entier a, sauf les français, une fois de plus, surtout, faisons nous bien remarquer !!). Je retourne à Madrid en mai, pour voir du tennis. Parce que, forcément, je ne pourrai pas aller à Roland Garros cette année (et oui, ça m'ennuie !), donc je compense. Et puis, je voudrais bien voir Nadal gagner chez lui, histoire qu'il se fasse vraiment encourager comme il le mérite, pour une fois. 


Regardez comme il était triste quand il a su que je viendrai pas à RG. Fallait bien le consoler.

Bon voilà. A part ça, on doit aussi aller à Lisbonne, au Maroc, à Malaga, à Gibraltar, à Jerez, à Tolède, et à Valence. Autant vous dire qu'on fera pas tout. Ce qui est cool, c'est qu'on m'a fait réaliser que j'avais le droit de faire ces voyages plus tard dans ma vie, au pire, ce à quoi je n'avais pas pensé. 

Et puis, il y a pas mal de trucs bien à faire à Séville aussi. Je vais aller au Centre d'Art Contemporain, que ne n'ai toujours pas visité. Le 13 avril, commence la Semana Santa (alors, perso, les défilés de Vierge, pendant 7 jours, ça risque d'être un peu redondant, mais j'ai quand même envie d'en voir un ou deux, c'est So Espagne), et avec, reprendra la saison des corridas (je dis pas que je me précipiterai sur la première, mais bon, ça veut dire qu'il refait beau, donc c'est un lourd symbole). Du 28 avril au 4 mai... TAAADAAAAM.... FERIA ! Ca va être THE fête. Pour vous donner une idée, la journée on danse, le soir on boit, ensuite on danse à nouveau, après on mange des churros, et on recommence. Et ça dure une semaine, dans tout Séville. Pour l'occasion, il faudra que l'on apprenne à danser la sevillane, et qu'on loue des tenues de flamenco (autant pousser le truc jusqu'au bout, tu vois!).
 
Ensuite, une fois que tout ça sera passé, on sera en juin, il fera à nouveau 37° de moyenne, on passera nos dimanches à la plage sur les côtes portugaises, et on tentera d'oublier que l'année se termine.
 
Voilà qui s'annonce parfait. Seule ombre au tableau : pour l'instant, tout ça nous parait bien loin puisque nous sommes en pleine période de... révisions. Ahah, ça a surpris tout le monde, boum, c'est arrivé comme ça dis moi, on a rien vu venir. Ca dure jusqu'au 8 février cette petite blague, je viendrai vous raconter tout ça (ou pas, d'ailleurs, peut-être qu'il vaudra mieux éviter d'en parler...). Je vous laisse à votre "affaire Hollande" (un allemand m'a sérieusement demandé ce que j'en pensais de cette "affaire Hollande" (en français dans le texte), j'ai juste répondu que ça me faisait bien rire), j'ai des verbes irréguliers à apprendre moi!




samedi 21 décembre 2013

C'était donc vrai ce qu'on dit des blogs Erasmus

J'en ai parcouru des blogs d'Erasmus avant de venir à Séville, et tous présentaient un point commun : ils étaient peu à peu laissés à l'abandon. Je voulais penser que ce ne serait pas le cas du mien, mais il faut bien se rendre à l'évidence. Les raisons sont toutes simples : on vit des choses finalement très banales, comme tout le monde, à quoi bon les raconter ? Et parfois, on vit des choses incroyables, tellement, qu'elles sont difficilement racontables. Pourtant, j'ai plein d'articles à écrire, il faut que je vous parle du Réal Alcazar, de la Catédral, il faut que je vous raconte l'ambiance de Noël à Séville (et si possible que je n'attende pas mai pour ça), mais je ne prends pas le temps, je l'avoue.

Alors, bien sur, je pourrais consacrer un article au fait que j'ai enfin testé le restaurant universitaire, mais vous avouerez que ça serait moyennement passionnant quand même. Bon, c'est sympa le RU, c'est pas cher, on peut y manger comme des goinfres et c'est franchement pas mauvais. Enfin, sur l'échelle des cantines, honnêtement, je le placerais en haut, bien au-dessus de la cantine de mon collège et de la cantine du Louvre, à peu près à niveau égal avec le RU de la fac de Nanterre. Mais voilà quoi, c'est pas plus intéressant que ça. Je pourrais aussi vous raconter qu'on a finalement récupéré l'eau chaude, et le chauffage. Cela dit, vous deviez vous en douter vu que sinon, je serais morte (quoi que le silence sur mon blog pouvait, en effet, laisser à penser que j'étais morte). Donc, c'est cool, dans ma chambre j'ai maintenant un petit radiateur qui sent bon les barbecues d'été. Et donc, l'eau chaude, c'était une histoire d'eau qui n'arrivait pas dans la salle de bain, j'ai rien compris, je sais juste que, POUR UNE FOIS, mes colocs mâles ont levé leur cul du canapé se sont portés volontaires pour mener à bien une tache dans cet appartement. Ils ont bidouillé 2-3 trucs, depuis, on a l'eau chaude, mais on a aussi une énorme fuite. A choisir, je préfère encore passer la serpillère plutôt qu'à claquer des dents. Depuis, nos échanges se résument surtout à "vous avez prévenu la proprio pour la fuite ? - Non - Ok, on va le faire", et on le fait pas. Ambiance de folie. Je pourrais vous dire que j'ai viré les sous-titres de ma télé, ils prenaient toute la place, ça m'empêchait de bien voir l'image, et puis, je n'en ai plus franchement l'utilité, c'est franchement une bonne nouvelle. Je regarde la télé avec l'un de mes colocs parce qu'on aime les mêmes émissions débiles ; bon, parfois, il rigole très fort, et moi pas du tout, donc je suppose que je comprends pas encore tout ce qui se dit, mais on a encore le temps, pas vrai ? A ce propos, quand même, il s'est passé quelque chose qui mériterait un article entier : ma coloc (je sais, ça donne l'impression qu'on vit à 12 tout ça, mais non, on est 4) a ramené une amie espagnole, on a discuté un peu jusqu'à ce qu'elle me dise "Mais tu vis ici toi ? C'est bizarre, elle m'avait dit que sa coloc était française". Ca nous a drôlement flatté l'ego à mon accent pourri et à moi. Quoi d'autre ? Je pourrais vous raconter que j'ai fêté l'anniversaire de Kinga, la polonaise, et donc, qu'il y avait d'autres polonaises, et non, finalement, franchement, il vaut mieux que je vous raconte pas. Je pourrais consacrer un article entier au fait que j'ai réussi à tenir 1h entière sur des patins à glace sans me casser quelque chose, ce qui constitue un grand progrès par rapport à la dernière fois. Oui, je sais, vous devez vous dire que ça fait pas vraiment sport local le patin à glace, mais ils ont installé une grande patinoire, un peu pour faire comme si il faisait froid ici vu que c'est Noël pour ces gens là aussi. On y a été avec des italiennes, et avec Alice, une copine française, qui s'est un peu emballée en me disant "comme ça, on fera des portés". Je vous rassure, personne n'a porté personne. Ah, je pourrais aussi vous raconter qu'il ont mis des décorations de Noël, toujours dans le but de faire croire à la terre entière qu'ici aussi, on peut fêter Noël, mais moi, je suis désolée, les guirlandes lumineuses sur les palmiers, ça me convainc pas. Ils auront beau faire défiler des pères Noël à roller (oui, ils font ça...), tant que leur manière de fêter les vacances de Noël sera d'emmener leurs enfants jouer dans des installations temporaires EXTÉRIEURES, j'y croirai pas. De toute façon, j'ai une amie de Séville qui m'a dit qu'elle n'avait jamais vu la neige de sa vie. Donc ça veut dire qu'elle n'a jamais fêté Noël, basta. 

Ah, et puis, je pourrais vous dire que j'ai passé 5 jours à Paris, sur un coup de tête. Un grand week-end prolongé, des amies à voir, et me voilà dans un avion (enfin, un truc Ryanair, donc plus ou moins, un avion) a destination de la France. Comment dire ? C'était bizarrement joli. Ca faisait trois mois que je n'avais pas vu d'inscriptions en français. Mes premiers mots ont été "putin, il fait froid" et ma première vision a été celle d'un policier tirant une tronche de six pieds de longs. Mon cher pays... Sensation étrange, à peine les Pyrénées survolées, je me suis sentie à la maison, je regardais la France vue du ciel et tout me paraissait être à moi : mes paysages, mes maisons, mes champs, mes villes. J'ai vu ma famille, j'ai vu mes amies, j'ai pris une sacré dose d'énergie. Donc c'était joli. Et puis c'était bizarre. Parce que, quelque soit l'endroit où vous passez, vous ne pouvez pas vous empêcher de vous dire "la dernière fois que je suis venue là, je ne savais pas...". Et, en trois mois, les choses ont le temps de changer, voilà comment je me suis presque perdue en banlieue, dans une ville que je connais par cœur, car des travaux étaient passés par là. C'est difficile à expliquer, mais vous avez beau le savoir, parce que c'est évident et que vous n'êtes pas mégalo au point de penser l'inverse, pourtant, il faut bien l'admettre : la vie a continué sans vous. Le premier soir, je ne savais même pas où j'étais, je ne comprenais rien. Puis, dès le lendemain, j'avais l'impression de n'être jamais partie. Le jour du retour, cette phrase lourde de sens : "je rentre à Séville". Je "rentre". Donc voilà, c'était bizarre, cette impression d'être rentrée chez moi, sans vraiment savoir si justement, c'était bien là, chez moi. De toute façon, je suis contente de l'avoir fait. 

Et puis, de toute façon, je n'ai pas été jusqu'à ma maison. Il y a plusieurs semaines, après un coup de blues, j'avais expliqué ici même à quel point j'attendais Noël, parce que ça serait le moment de rentrer à la maison. A cette même période, j'avais reçu un e-mail de la compagnie aérienne me disant "plus que 6 semaines avant votre vol", et ça m'avait paru si insurmontable d'attendre six semaines. Et puis voilà. C'est aujourd'hui. C'est passé drôlement vite. Certaines personnes ont déjà quitté Séville définitivement. D'autres partiront sitôt leurs examens terminés. Nous autres, qui restons un an, nous nous reverrons tous dans deux semaines, et pourtant, nos au revoir étaient tintés de quelque chose de bizarre. Chacun s'en va retrouver, pour quelques jours, ses plaisirs et ses problèmes, toutes ces choses que l'on n'a pas amenées ici, et que l'on laissera à nouveau chez nous avant de revenir. Pendant quelques jours, nous allons arrêter de faire partie du quotidien des autres, pour retrouver celui des gens d'avant. Celui des gens d'après, aussi, je le sais. Je me suis au moins rendue compte de ça en revenant il y a quelques jours : les gens d'avant Erasmus sont les mêmes qui seront là après.
Bref.
J'ai fini ma valise. Ca m'a pris à peu près autant de temps que de la faire le jour où je suis venue, même si l'affaire s'annonçait moins compliquée. J'ai du enlever l'étiquette qui y avait été accrochée lorsque j'ai pris l'avion, celle sur laquelle il y avait écrit "SEVILLE SVQ 07 sept 2013". Je vais la garder, je crois. C'était il y a trois mois et demi, c'était hier. Dans 13h, je décolle. Ce soir, je suis chez moi. Ce soir, je dors dans ma chambre, celle que j'ai quitté la boule au ventre, très tôt, ce fameux matin de septembre. 
A ce soir la France.